Hier soir c’était l’Assemblée Générale d’Agile Toulouse. 300+ adhérents “carte en poche” via HelloAsso. Près de 4000 membres sur Meetup. Et au moment le plus important de la vie d’une asso (rendre des comptes, renouveler le bureau, décider de la suite) nous étions qu’une 10aine. Et pourtant, tout était réuni : les excellents biscuits alsaciens de Cindy SCHLAUFMANN , les tartes salées et les gâteaux de La Tarterie, un bureau engagé, du travail réel à partager avec de trés beaux résultats, des sujets structurants sur la table, des conversations passionnantes entre passionné-es, des copaines. Ce n’est donc pas une question d’accueil, ni même d’ambiance. Et ce n’est pas un accident : cela fait 4 ou 5 ans que le phénomène se répète.
On pourrait en rire (ou s’en plaindre) mais ce serait éviter le vrai sujet : on confond “audience” et “communauté”. On confond “être inscrit” et “être engagé”. Les plateformes rendent l’adhésion et le RSVP quasi gratuits. Résultat mécanique : une base “gonflée”… et une participation réelle qui stagne, voire s’effrite.
Ce décalage n’est pas spécifique à la communauté agile. Les baromètres sur l’engagement associatif décrivent une intention qui reste forte, mais une exécution qui devient difficile. Exemple : 73% des Français estiment qu’il est difficile de s’engager dans une association, et 64% de ceux déjà engagés disent avoir du mal à maintenir l’engagement dans la durée. Autre signal : le bénévolat devient plus ponctuel même si la “colonne vertébrale” (ceux qui donnent du temps chaque semaine) est à peu prés stable malgré le COVID (9% en 2024 vs 10% en 2019).
Et côté événements, Meetup a même ajouté des fonctions de “check-in” et de suivi des “no-shows”, ce qui dit quelque chose : le taux d’inscrits qui ne viennent pas est devenu un problème structurel pour les organisateurs.
Donc la question n’est pas “pourquoi les gens ne viennent pas à l’AG ?” La question est plus inconfortable : qu’est-ce qu’on propose, concrètement, qui mérite qu’un membre se déplace pour gouverner l’association ? Et qu’est-ce qu’on rend trop coûteux (temps, charge mentale, sentiment d’inutilité, format, horaires, distance) pour que ça devienne un réflexe ?
Quelques hypothèses :
- L’AG est perçue comme administrative, pas comme un moment de valeur (on “consomme” des événements, on ne “coproduit” pas une communauté).
- Le coût d’engagement a explosé partout (travail, charge perso, fatigue), et l’associatif est en concurrence frontale avec tout le reste.
- Le membership est devenu un indicateur vanity : l’inscription ne mesure pas la motivation, juste la friction (faible).
- Les adhérents ne sont pas (plus) dans un état d’esprit de contribution co-construction, mais de consommation.
- L’agile comme “thématique” a perdu de son attractivité événementielle dans certains cercles ; et si l’asso ne redéfinit pas sa proposition de valeur, elle se retrouve à gérer l’inertie. (Le sujet n’est pas “faire plus d’événements”, c’est “redevenir utile”.)
Ce que cela implique, très concrètement, pour Agile Toulouse , et pour beaucoup d’associations, c’est d’arrêter de piloter à la taille de la base, et de regarder la réalité en face et pour cela nous allons avoir besoin de data que nous n’avons pas aujourd’hui : présence moyenne, récurrence, nombre de contributeurs actifs, capacité d’organisation, autonomie financière.
Mais surtout, se reposer une question plus fondamentale, et plus politique : quelle est aujourd’hui la proposition de valeur réelle de l’association pour ses adhérents ? Et quel est le contrat moral implicite entre “adhérer” et “s’impliquer” ?
Une AG n’est pas un produit à vendre. C’est un acte de gouvernance. Un moment où une communauté assume collectivement des choix, des arbitrages, une direction. Si ce moment ne vaut pas le déplacement, ce n’est pas un problème de format ou d’animation. C’est un signal faible mais persistant que la promesse n’est plus claire, ou plus assez forte pour compenser la friction de l’effort. .
Cela oblige à des questions inconfortables :
- À quoi sert concrètement l’association aujourd’hui, au-delà de l’organisation d’événements ? au delà de l’agile tour ?
- Qu’est-ce que les adhérents sont en droit d’attendre, et qu’est-ce que l’association est en droit d’attendre en retour ?
- Où commence le simple soutien, et où commence la responsabilité collective ?
Recréer de l’engagement ne passera pas par “faire une meilleure AG”. Cela passera par un travail de fond sur le sens, la valeur apportée, et la clarté du pacte : qui sommes-nous là pour servir, pourquoi, et à quelles conditions. Et accepter une réalité simple, mais structurante : une communauté ne se mesure pas au nombre d’inscrits. Elle se reconnaît à ceux qui viennent quand il faut décider.
Si on veut inverser la tendance, il faudra probablement faire des choix qui “piquent” :
- Remettre du coût (symbolique ou réel) dans l’adhésion pour recréer de l’engagement, ou au minimum un mécanisme explicite “membre = soutien” vs “contributeur = gouvernance”.
- Concevoir une AG hybride et orientée décisions : informations envoyées avant, temps synchrone réservé aux arbitrages et aux débats utiles.
- Faire un événement “futur de l’asso” qui compte autant que le contenu : diagnostic lucide (fréquentation Agile Tour, dépendance sponsors, mission), puis décisions et appels à contribution concrets, limités, actionnables.
- Accepter une vérité : une communauté ne se décrète pas avec 4000 inscrits. Elle se construit avec 30–60 personnes qui viennent, reviennent, et font.
Question ouverte (vraie, pas rhétorique) : dans une association comme la nôtre, qu’est-ce qui vous donnerait une bonne raison de venir à l’AG ? Qu’est-ce qui vous ferait passer de “membre” à “acteur” ?
🧐
(Re)sources pour aller plus loin :
Études / Sources françaises (engagement associatif & bénévolat)
- Baromètre du Bénévolat – France Bénévolat & IFOP (6e édition, mars 2025) – État des lieux du bénévolat associatif en France, évolution depuis la pandémie, profils et tendances intergénérationnelles. France Bénévolat
- Analyse synthétique du Baromètre 2025 – associatheque.fr – Taux de participation bénévole, évolution selon âge et niveaux d’études (21 % des 15+ engagés en association). Associathèque
- La France bénévole 2024 – Recherche & Solidarités / IFOP – Tendance d’engagement associatif, recomposition des profils, et colonne vertébrale bénévole en repli (bénévoles actifs chaque semaine). Recherches et Solidarités
- Chiffres clés du bénévolat – associatheque.fr (INSEE, 2018) – Donne du contexte historique large sur le nombre de participations bénévoles et la structure associative en France. Associathèque
Études / données internationales ou sectorielles
- “Volunteer Engagement is Profoundly Human” – Member Engagement Labs – Analyse sectorielle générale (en anglais) qui souligne la difficulté à engager de nouveaux membres et la réalité psychologique de l’engagement. HubSpot
- Rapport sur les tendances des “event-based volunteers” (BetterImpact blog) – Donne des signaux qualitatifs contemporains sur les inscriptions sans présence (“no shows”) et les motivations variables des volontaires dans les événements. Better Impact
- Momentive Research (volunteer engagement trends) – Statistique sectorielle (en anglais) sur le fait que ~19 % des membres d’associations participent activement à un événement ; et seulement 1 sur 5 prévoit de s’engager dans les 12 mois. Momentive
